mercredi 3 janvier 2013
Le gouvernement vient de décider une "bonification de représentation publique" pour les membres du Congrés. Cette bonification, qui permet de doubler la rémunération, a été prise sans aucun débat public et entraine de vives protestations tant dans la presse que dans une partie de l'opinion publique mais sans que cela ne remette en cause la décision prise.
Nous reprenons ci-dessous une partie de l'article d'opinion signé de Javier Diez Causeco et paru dans le quotidien La Republica du 24 décembre 2012.
"(...) Il est clair que le pays ressent cette augmentation comme une arrogance politique, une absence d'éthique et une profonde iniquité, bref un abus de pouvoir.
Passer de 7000 soles mensuels á 15000les rémunérations est inacceptable et c'est aussi une faute politique. Une telle décision est sourde aux perspectives et nécessités de la majorité de la population. La semaine passée, il fut accordé aux enseignants un bonus annuel de 300 soles, faisant passer les rémunérations mensuelles á 1200 soles, et les rémunérations des policiers passées mensuellement de 300 á...350 soles ! Que dire aussi des médecins et travailleurs de la santé qui se contentent de maigres rémunérations ?
L'escalade de légitimité du Congrés et du systéme des partis au pouvoir, l'absence d'un agenda parlementaire qui n'aborde pas les vrais problémes nationaux, ne propose pas de solutions á la corruption galopante comme, par exemple, la nécessité de récupérer l'argent public détourné, tout ceci montre un non respect á l'encontre de la population.
Car c'est cela le probléme central : un Congrés sans boussole ni priorités, sans représentation effective de la population, se vivant comme un centre de priviléges, inefficace devant les nécessités auxquelles il faudrait faire face, sans solution politiaue ni projets. "A quoi sert-il ?" se demandent beaucoup.
Cette majorité parlementaire sans initiative accentue la crise : elle abandonne les perspectives de changement qu'attendaient les gens, elle permet que le fujimorisme soit toujours actuel, sans redistribution des richesses, sans politique pour des emplois décents, sans invention pour des instruments de changement nécessaires au bien-etre du pays.
Parlementaires et gouvernement renforcent les pouvoirs policiers : secret de l'information sous couvert de sécurité nationale comme, par exemple, l'acquisition d'armement militaire á la Corée du sud sans aucun controle de la dépense engagée.
(...) Les hauts membres du Conseil national de la Magistrature gagent plus de 40 000 soles/mensuels, le Controleur géneral et les présidents de la Banque d'Etat plus de 33 000 s., le Président de la République recoit 31 000 s./mens., le gérant de la Géneral Petroleum Peru plus de 25 000 s. alors que les travailleurs de l'administration de l'éducation nationale sont á 700 ou 800 s./mens., les enseignants un salaire de base de 1200 s. et les policiers sont encore au salaire minimum."
samedi 15 décembre 2012
Autant en Bolivie nous avions le temps - où le prenions ? - pour tenter de mieux comprendre les rèalitès et situations politiques, sociales, un peu économiques et en tout cas du travail...
autant, depuis que nous sommes au Pérou - six semaines déjà ! - nous sommes mangés par les paysages, lieux, transports en bus entre les villes et régions.
A quoi celà tient-il ?
Aux très grandes différences géographiques entre chaque régions, parfois d'une vallée à l'autre. Rien à voir, par exemple, entre les hauts plateaux andins entre Abancay et Ayacucho et la sierra très vite amazonienne derrière Cuzco, pour ne pas parler de l'imposante Cordillera blanca avec ses très hauts sommets ou encore des plateaux striés de canyons du Chachapoyas... et puis la côte Pacifique et puis et puis...
Aux temps et conditions de transports d'une ville, d'un lieu à l'autre. Le bus, hors des quelques grands axes, dépasse rarement les 25 km/h, quand il n'est pas bloqué plusieurs heures par des travaux ou glissements de terrain. C'est que l'essentiel du réseau routier est constitué de pistes se lançant vaillamment à l'assaut de cols et versants montagneux.
Au grand nombre de sites et lieux historiques et archéologiques exceptionnels, le plus emblématique étant évidemment le Machu Pichu mais, depuis que nous sommes entrés au Pérou, nous avons aussi rencontré :
le Titicaca
Cuzco
Wari
Huanachuco Viejo
Chavin de Huantar
Chan Chan
le temple de la Lune
Kuelap
el pueblo de los muertes
Karajia
pas de raton laveur
beaucoup moins de lamas qu'en Bolivie
et ce n'est pas fini, il nous reste encore quelques kilomètres et sites avant l'Equateur...
Parce que oui, cher lecteur de ce blog un peu copieux - parfois aussi peut être un peu indigeste, nous ne savons pas ? - nous avons renoncé à passer par Tarapoto, l'Amazone et Leaticia pour rejoindre la Colombie. Pourquoi ? Pour nous éviter les pluies diluviennes de l'Amazonie et pour rejoindre plus rapidement la Colombie à laquelle nous avons décidé de consacrer plus de temps que prévu (nous devrions être à Bogota vers le 8 ou 10 janvier).
Bref, abordons quelques points qui, pour un voyageur de ce novembre et décembre 2012, ont sinon constitué son quotidien l'ont au moins traversé.
En ce moment, politique et économie ?
puisque les deux sont étroitement liées
Impossible de ne pas au minimum remonter aux années Fujimori. Très brièvement :
en 1990, alors que le chaos règne sur le Pays, un ange richississime venu du Japon gagne les élections contre l'écrivain Mario Vargas Llosa. Il a promis tout et n'importe quoi. En 92, l'ange fait un auto-coup d'Etat et se constitue un Parlement entièrement au service de l'enrichissement personnel, de la corruption et de la braderie de l'èconomie et des ressoureces du pays aux multinationales et lobbies étrangers. Tout se vend, richesses nationales et hommes, armes aux Farc colombiens, drogue à tout va, la classe moyenne sombre, les pauvres succombent, les détournements finaciers se comptent par millions de dollars US. Et ça dure jusqu'en 2000 où le gaillard et ses sbires briguent un troisième mandat ! Il se déclare vainqueur malgré qu'ìl n'obtienne pas la majorité des suffrages loin de là. Quelques mois plus tard il est destitué, fuit au Japon, le nouveau Parlement le déclare "moralement indigne" de gouverner, le pays est à genoux, on parle de près de 70 000 morts et disparus politiques...
Mais notre héros n'a pas fini de défrayer la chronique : en 2005, de retour en Amérique latine, il est arrêté au Chili pour corruption, enlèvements et violations des droits de l'homme. Extradé au Pérou en 2007 il sera condamné á 25 ans de prison pour avoir été l'instigateurde massacres de civils commis par ses "escadrons de la mort" et pour avoir détourné des sommes fabuleuses. Son premier ministre, Montesinos, une crapule doublée d'un assassin sera quant à lui condamné à 20 ans.
Et ne voilà t-il pas que sa fille Keiko se présente aux présidentielles en 2010 ! Elle est certes battue par Humala mais n'en continue pas moins de s'agitter en vue des élections de 2015 et, puissamment soutenue par des lobbies financiers et politiques, pour demander une libération anticipée de son papa. La raison ? Hu-ma-ni-taire : le pauvre vieux est atteint d'un cancer qu'il couve depuis plusieurs années et, motif suprême, il nous fait une dépression parce que la prison, surtout quand on est un ancien dictateur, c'est dur à vivre. Encore en novembre dernier, Humala semblait ne pas avoir pris de décision quant à la demande de recours en grâce, presse un peu solide (La Republica, el Commercio) intellectuels (dont Vargas Llosa) sont montés au créneau, il semble aujourd'hui que lebandit restera avec sa dépressionet sa cellule mais le combat hu-ma-ni-tai-re continue.
et de ne pas évoquer les années Sentier lumineux
Je fais encore plus vite... Se réclamant dans les premières années du maoîsme, le Sentier mène dès sa création en 1980 des actions très violentes contre la police et l'armée. Il s'est crée en réponse aux extrêmes inégalités sociales, à la misère endémique des paysans. En 1985, l'Ètat envoie l'armée qui se livre à des exactions sur les paysans accusés de soutenir les terroristes. Massacres sans nom. Fujimori intensifie la brutalité avec ses escadrons de la mort et mercenaires en tous genres. Jusqu'en 1998 ça massacre à tour de bras, dans certaines régions ça continue jusqu'en 2003 (Ayacucho par exemple). Puis l'armée prend définitivement le dessus, le Sentier est peu á peu démantelé. Une "Commission de la vérité et de la réconciliation" fait un véritable travail de mise à jour, des audiences publiques de témoignages sur les violences commises se tiennent, elles ont un réel effet d'historicité. Aujourd'hui la réconciliation est devenue effective, les "soldats de base" du Sentier ne sont pas poursuivis (lesprincipaux responsables sont soit morts soit en prison, comme le fondateur Abimael Guzman)
Depuis 2000 trois présidents se sont succédés :
en 2001, Alejandro Toledo, premier indien quechua à accéder au rang de chef d'Etat. La situation dont il hérite est catastrophique, il n'a pas la majorité au Parlement, le pays s'embourbe.
en 2006, Alan Garcia candidat de l'Aliance populaire (née en 1925 en réaction á l'impérialisme USA) est élu. Le pays retrouve une sécurité intérieure et une stabilité économique, cette derniére est portée par un marché favorableaux exportations de minerais et de produits agricoles, les deux ressources importantes du Pérou. Mais les scandales de corruption et de détournements de fonds publics n'ont pas cessés.
en 2011 c'est au tour d'Humala d'être élu. Nationaliste, il a été formé par l'armée dont il a fait partie. Il a placé son programme électoral sur des valeurs et engagements dits "de gauche", comme par exemple la nationalisation de l'industrie du pétrole. Promesses dans leur ensemble aujourd'hui malheureusement non tenues ; il mène - comme beaucoup d'autres... - une politique très libérale. Mais le pays est stable, l'économie en essort, le Chili est un frère ennemi avec lequelle jouer la partie leader même si, en ce moment à la Cour international de La Haye, les avocats des deux pays s'affrontent pour une nouvelle délimitation des eaux territoriales. Une délimitation qui fut imposée par le Chili à l'issue de la bataille du Pacifique dont il sortie vainqueur en 1883.
La redéfinition des limites des eaux territoriales en le Chili et le Pérou a des enjeux considérables : gaz et pétrole, les sous sols marins en sont riches et mëme si leur extraction revient beaucoup plus cher qu'en sous-sols terrestres, en avoir la propriété est un placement considérable sur l'avenir. Chaque soir la télé péruvienne (et on peut imaginer qu'il en est de meme pour la télé chilienne) donne des images des négociations et ne manque pas de rappeler que Chili et Pérous sont fréres.
La redéfinition des limites des eaux territoriales en le Chili et le Pérou a des enjeux considérables : gaz et pétrole, les sous sols marins en sont riches et mëme si leur extraction revient beaucoup plus cher qu'en sous-sols terrestres, en avoir la propriété est un placement considérable sur l'avenir. Chaque soir la télé péruvienne (et on peut imaginer qu'il en est de meme pour la télé chilienne) donne des images des négociations et ne manque pas de rappeler que Chili et Pérous sont fréres.
Les gens avec qui nous parlons dans les bus ou dans la rue nous disent :
"Nous avons la sécurité et il y a plus de classe moyenne, même si dans le pays il y a encore beaucoup de pauvres. Pour le moment, c'est l'essentiel." Ce besoin de sécurité est évidemment trés fort dans un pays qui a connu, il y a encore peu, le terrorisme politique - Sentier lumineux et dictature fujimoriste - et l'instabilité économique, pour ne pas dire la pauvreté pour la majorité de sa population. Une pauvreté encore trés présente dans plusieurs secteurs, dont celui des paysans. Si ceux qui cultivent le café , une minorité, sont considérés comme prospéres, pour les autres c'est encore aujourd'hui une situation de grande pauvreté : 50 kg de pommes de terre leur sont acheté 5 soles, une misére. C'est encore avec deux taureaux et un soc manié á la main que se font les labours. Les parcelles de terre cultivée dans ce pays essentiellement montagneux sont petites et beaucoup en fortes pentes ou terrasses.
La sécurité a un prix qui peut s'avérer élevé, en particulier par le nombre de policiers ici considérable. Les controles sont trés féquents aussi bien en ville que sur les routes, pour tout déplacement en bus ou combi et pour toute nuit passée á l'hotel il est obligatoire pour les péruviens d'indiquer leur numéro de carte d'identité et pour tout étranger son numéro de passeport. Celá peut sembler anodin mais représente un fort controle des déplacements et circulations.
La sécurité a un prix qui peut s'avérer élevé, en particulier par le nombre de policiers ici considérable. Les controles sont trés féquents aussi bien en ville que sur les routes, pour tout déplacement en bus ou combi et pour toute nuit passée á l'hotel il est obligatoire pour les péruviens d'indiquer leur numéro de carte d'identité et pour tout étranger son numéro de passeport. Celá peut sembler anodin mais représente un fort controle des déplacements et circulations.
"Ici, au Pérou, c'est le pouvoir d'Etat et le pouvoir économique qui contrôlent tout."
En effet, la décentralisation des pouvoirs n'existe pratiquement pas. C'est le pouvoir à Lima qui domine et dicte : Etat, grandes sociétés, leaders financiers, économiques, sociaux. La "campagne" est méprisée (confère notre article 6 sur les droits sociaux), les paysans toujours considérés comme en état inférieur.
Tous les secteurs nationaux de production et de service ont été privatisés sous Fujimori, aucun n'a été renationalisé depuis. L'école, qu'elle soit primaire ou surtout secondaire et bien sür les universités sont de plus en plus privées, comme on peut le voir de facon trés massive au Chili. La poste, qui porte le nom de Serpost, a vu son personnel trés fortement diminué. Conséquences : des files d'attente impressionnantes aux rares guichets ouverts, des envois postaux qui coutent forts chers aux clients. Tous les transports publics sont privés, de meme pour la plus grande partie de la médecine et des hopitaux. Aucun régime de chomage alors que celui-ci sévit, seuls 25 % de travailleurs (essentiellement les fonctionnaires et militaires) bénéficient d'un régime de retraite.
Le machisme pése trés fortement sur les comportements familiaux et sociaux, créant de la violence á l'égard des femmes mais aussi des enfants. Derniérement, le ministre du travail a du présenter sa démission pour avoir insulté et frappé publiquement une représentante syndicale. Il a été remplacé par une femme, ouf.
La délinquance, en particulier les délits pour drogue, est en augmentation dans les grandes villes, surtout á Lima réputée comme ville dangeureuse. Les accidents routiers sont eux aussi en trés forte augmentation. La corruption, qui se faisait sans aucune retenue sous Fujimori, n'a pas disparu; elle est simplement un peu moins visible mais reste un un fléau dans toute l'administration et particuliérement la police et la justice.
Absence totale de l'Etat et des pouvoirs publiques dans les secteurs la culture et de l'art, hormis dans une communication au service du tourisme. Meme les fouilles archéologiques dans des sites reconnues comme de valeur universelle sont financés par le mécénat privé.
Tous les secteurs nationaux de production et de service ont été privatisés sous Fujimori, aucun n'a été renationalisé depuis. L'école, qu'elle soit primaire ou surtout secondaire et bien sür les universités sont de plus en plus privées, comme on peut le voir de facon trés massive au Chili. La poste, qui porte le nom de Serpost, a vu son personnel trés fortement diminué. Conséquences : des files d'attente impressionnantes aux rares guichets ouverts, des envois postaux qui coutent forts chers aux clients. Tous les transports publics sont privés, de meme pour la plus grande partie de la médecine et des hopitaux. Aucun régime de chomage alors que celui-ci sévit, seuls 25 % de travailleurs (essentiellement les fonctionnaires et militaires) bénéficient d'un régime de retraite.
Le machisme pése trés fortement sur les comportements familiaux et sociaux, créant de la violence á l'égard des femmes mais aussi des enfants. Derniérement, le ministre du travail a du présenter sa démission pour avoir insulté et frappé publiquement une représentante syndicale. Il a été remplacé par une femme, ouf.
La délinquance, en particulier les délits pour drogue, est en augmentation dans les grandes villes, surtout á Lima réputée comme ville dangeureuse. Les accidents routiers sont eux aussi en trés forte augmentation. La corruption, qui se faisait sans aucune retenue sous Fujimori, n'a pas disparu; elle est simplement un peu moins visible mais reste un un fléau dans toute l'administration et particuliérement la police et la justice.
Absence totale de l'Etat et des pouvoirs publiques dans les secteurs la culture et de l'art, hormis dans une communication au service du tourisme. Meme les fouilles archéologiques dans des sites reconnues comme de valeur universelle sont financés par le mécénat privé.
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